Pourquoi je fais toujours passer les autres avant moi ?
Vous aviez prévu de profiter tranquillement de votre samedi.
Puis quelqu’un a besoin d’un coup de main. Un autre vous propose quelque chose qui ne vous arrange pas vraiment. Il faudrait aussi passer voir untel. Et tant qu’à faire, vous pourriez récupérer ceci, déposer cela…
Deux heures plus tard, votre journée ne ressemble plus du tout à celle que vous aviez imaginée.
Et le plus étonnant, c’est que vous n’avez pas forcément eu l’impression de faire un choix.
Vous avez simplement commencé par prendre en compte les contraintes, les besoins et les envies de tout le monde.
Les vôtres ? Elles sont arrivées après. Comme souvent.
Faire régulièrement passer les autres avant soi ne signifie pas forcément manquer de caractère ou être incapable de savoir ce que l’on veut. Cela peut devenir une manière tellement habituelle de fonctionner que l’on ne remarque même plus le moment où ses propres besoins ont été relégués au second plan.
Le problème n’est pas d’être attentive aux autres. Heureusement que nous pouvons prendre soin des personnes que nous aimons, faire des compromis ou modifier nos plans pour elles.
La vraie question apparaît lorsque les autres ont naturellement une place dans l’équation… et que vous, de moins en moins.
Comment savoir si je fais passer les autres avant moi ?
Ce fonctionnement ne se manifeste pas nécessairement par de grands sacrifices.
Il se glisse surtout dans une multitude de petites décisions.
Vous choisissez le restaurant qui convient à tout le monde. Vous décalez votre rendez-vous parce que quelqu’un vous demande un service. Vous acceptez une invitation alors que vous rêviez d’une soirée tranquille. Vous réorganisez votre emploi du temps pour faciliter celui des autres.
Pris séparément, rien de tout cela n’est particulièrement préoccupant.
Nous faisons tous des compromis.
Ce qui mérite davantage d’attention, c’est la direction presque toujours identique du compromis.
Quand deux besoins se rencontrent, lequel vous semble spontanément le plus important ?
Quand votre journée est déjà chargée et qu’une nouvelle demande arrive, qu’est-ce qui devient négociable en premier ?
Quand vous réfléchissez à un week-end, des vacances ou simplement au dîner de ce soir, pensez-vous d’abord à ce qui conviendrait aux autres… avant de vous demander ce qui vous ferait envie ?
Il arrive même qu’à la question toute simple :
« Et toi, qu’est-ce que tu veux ? »
la réponse ne soit pas si évidente.
Pas parce que vous n’avez aucune envie.
Mais parce que vous avez pris l’habitude de regarder ailleurs avant de regarder de votre côté.
Pourquoi est-ce devenu si naturel de m’oublier ?
Il n’existe pas une explication unique.
Notre manière de nous comporter dans les relations se construit progressivement, à partir de notre histoire, de ce que nous avons appris, de notre environnement familial et social et des expériences que nous avons traversées.
Chez certaines personnes, prendre soin des autres a été fortement valorisé.
Chez d’autres, être disponible permettait de préserver l’harmonie, d’éviter les tensions ou simplement de trouver sa place.
Certaines ont aussi très tôt endossé le rôle de celle qui aide, qui arrange, qui comprend, qui ne fait pas de vagues.
À force, ce fonctionnement peut devenir automatique.
Vous ne vous dites pas consciemment :
« Les besoins des autres sont plus importants que les miens. »
Vous agissez simplement comme s’ils devaient être examinés en premier.
Et c’est là toute la subtilité.
Prendre soin des autres n’est pas le problème. S’effacer systématiquement pour le faire peut le devenir.
Quand les besoins des autres deviennent prioritaires par défaut
À force de fonctionner ainsi, une sorte de hiérarchie implicite peut s’installer.
Les besoins des autres deviennent des données à prendre en compte.
Les vôtres deviennent des variables d’ajustement.
Quelqu’un a besoin de vous ? Vous cherchez comment vous organiser.
Vous avez besoin de souffler ? Vous cherchez d’abord si vous pouvez vous le permettre.
Quelqu’un souhaite quelque chose ? Vous examinez comment l’intégrer.
Vous souhaitez quelque chose ? Vous vérifiez d’abord que cela ne dérange personne.
La différence tient parfois à quelques secondes.
Vous consultez mentalement tout le monde avant de vous consulter vous-même.
Et lorsque ce réflexe existe depuis longtemps, il peut finir par vous sembler parfaitement normal.
Jusqu’au jour où vous réalisez que vous savez très bien ce dont tout le monde a besoin…
mais beaucoup moins ce dont vous avez besoin, vous.
Penser davantage à soi, est-ce devenir égoïste ?
C’est souvent là que quelque chose coince.
Parce que si vous êtes habituée à prendre les autres en compte, commencer à penser davantage à vous peut provoquer une drôle d’impression.
Comme si vous alliez trop loin.
Comme si vous deveniez égoïste.
Pourtant, il existe une différence considérable entre ne penser qu’à soi et se prendre soi aussi en considération.
Une relation implique nécessairement des ajustements. Nous rendons service, nous faisons des concessions, nous renonçons parfois à quelque chose parce que le besoin de l’autre nous semble plus important à ce moment-là.
Mais un compromis suppose qu’au départ, il y ait deux positions.
Si votre position disparaît avant même la discussion, ce n’est plus vraiment un compromis.
Vous n’avez donc pas besoin de devenir moins généreuse, moins disponible ou moins attentive.
Vous avez simplement besoin de ne plus disparaître de l’équation.
Pourquoi est-ce si difficile de changer même quand je m’en rends compte ?
Parce que comprendre un fonctionnement ne suffit pas toujours à le modifier immédiatement.
Vous pouvez très bien lire cet article, reconnaître exactement ce que vous faites et vous dire :
« Ah oui. Effectivement. »
Puis, demain à 18 h 12, accepter une demande avant même d’avoir vérifié si elle vous convenait.
Bienvenue chez les humains.
Quand une manière de fonctionner est devenue habituelle, elle se déclenche parfois avant même que nous ayons réellement réfléchi.
L’enjeu n’est donc pas de vous surveiller en permanence.
Il est plutôt de créer progressivement un petit espace entre :
ce que l’on attend de vous
et
ce que vous choisissez d’en faire.
C’est dans cet espace que votre propre position peut commencer à réapparaître.
Comment commencer à penser davantage à moi sans négliger les autres ?
Pas besoin de révolutionner votre vie lundi matin.
Le changement peut commencer dans des situations très ordinaires.
1. Avant de répondre, me demander ce qui me conviendrait
Lorsqu’une demande arrive, vous pouvez essayer de ne pas chercher immédiatement comment y répondre.
Ajoutez d’abord une question :
« Et moi, qu’est-ce qui me conviendrait ? »
Attention : cela ne signifie pas que vous devez systématiquement faire ce que vous préférez.
Le but n’est pas de remplacer l’automatisme « les autres d’abord » par un nouvel automatisme « moi d’abord ».
Le but est de pouvoir réellement choisir.
Vous pouvez décider d’aider quelqu’un alors que vous auriez préféré faire autre chose.
Mais cette décision n’a pas tout à fait la même saveur lorsqu’elle vient d’un choix plutôt que d’un effacement automatique.
2. Observer ce qui est toujours négociable
Pendant quelques jours, regardez simplement ce qui se passe lorsque vos besoins rencontrent ceux des autres.
Qui change son emploi du temps ?
Qui renonce à son choix ?
Qui attend ?
Qui s’arrange ?
Qui mange ce qui reste ?
Oui, même cette petite habitude apparemment anodine peut être intéressante à observer.
Pas besoin de tenir une comptabilité des sacrifices domestiques avec fichier Excel et pénalités de retard.
Il s’agit simplement de remarquer si l’ajustement se fait presque toujours dans le même sens.
3. Faire exister mes préférences, même lorsqu’elles sont minuscules
Vous n’avez pas besoin de commencer par une décision existentielle.
« Moi, je préférerais italien. »
« Ce soir, j’aimerais rester tranquille. »
« Cet horaire ne m’arrange pas. »
« J’avais prévu autre chose. »
Ce sont de toutes petites phrases.
Mais lorsqu’on a longtemps commencé par regarder ce qui convenait aux autres, elles réintroduisent quelque chose d’essentiel :
votre propre réalité dans la relation.
Et parfois, vous découvrirez que le monde continue parfaitement de tourner lorsque vous exprimez une préférence. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle.
Certaines situations demanderont ensuite d’apprendre à refuser ou à poser davantage vos limites. C’est une autre étape, qui mérite d’être abordée pour elle-même.
Se choisir ne veut pas dire choisir contre les autres
Si vous avez longtemps fait passer les autres avant vous, « penser davantage à moi » peut facilement sonner comme un renversement complet.
Désormais, il faudrait vous imposer, refuser davantage, protéger farouchement votre temps et faire de vos besoins la priorité absolue.
Ce n’est pas nécessaire.
Vous pouvez continuer à être présente pour les personnes que vous aimez.
Vous pouvez faire des concessions.
Vous pouvez avoir envie de rendre service.
Vous pouvez même choisir, parfois, de faire passer le besoin de quelqu’un avant le vôtre.
La différence est que cela redevient un choix.
Et pour pouvoir choisir, encore faut-il savoir ce qui se passe de votre côté.
Ce que vous ressentez.
Ce que vous voulez.
Ce qui vous convient.
Ce qui ne vous convient plus.
Reprendre votre place ne consiste donc pas forcément à en prendre davantage.
Parfois, cela commence simplement par arrêter de céder systématiquement la vôtre.
Et la prochaine fois que vous vous demanderez ce qui serait le mieux pour tout le monde, vous pourrez ajouter une personne à la liste.
Vous.
Et si vous aviez compris tout cela… mais que rien ne changeait ?
Certains fonctionnements sont tellement installés qu’il ne suffit pas toujours de décider de faire autrement. En séance individuelle, nous pouvons explorer ce qui vous pousse à vous effacer dans vos relations et travailler à retrouver une place plus juste pour vous — sans avoir à devenir quelqu’un d’autre ni à cesser de prendre soin des autres.